Marie-Madeleine
Alain Schank / Snach-Ka, Waimes (BE), 1968

Pendant vingt ans, Alain Schank a multiplié les expérimentations picturales dans diverses grandes séries d’abstractions abordant diverses thématiques comme le geste, la matière et le hasard. Elles lui ont valu d’être exposé internationalement et d’être enrôlé dans plusieurs galeries belges. Ces relations commerciales, fréquemment florissantes, lui ont parfois fait miroiter le Graal des artistes : vivre de son art. Il fut par contre souvent contraint par ses galeristes à multiplier les formats, décliner les couleurs et les teintes, privilégier tel ou tel effet pour rencontrer les «goûts» (a)variés de riches clients. Cette attitude vis-à-vis des artistes est aujourd’hui encore très présente dans les galeries d’art, professionnels comme amateurs, souvent accompagnée d’une répartition inéquitable des gains des ventes.

Le temps passe et la carapace se fissure. Les relations deviennent de plus en plus douloureuses. L’envie n’y est plus. Des soubresauts déçoivent. Il songe à tout arrêter. Mais comme disait l’autre : « l’autodafé n’aura pas lieu ! ».

Alain Schank peindra maintenant pour lui, en outsider. De ces frustrations accumulées est né un monstre, son alias Snach-Ka, qui l’accompagnait en secret dans les marges de son travail depuis des années. Il est figuratif, libre, décomplexé, désintéressé et ne respecte rien d’autre que l’instant. L’introspection d’Alain Schank par Snach-Ka est boulimique. Ses personnages déjantés nous hurlent leur déglingue, à la limite de l’agression. Les mots, dans toutes les langues, et les collages font leur apparition. En face, rares sont les regardeurs apathiques.

Dans la vitrine, le trouble s’épaissit encore. L’installation n’est visiblement pas celle d’un peintre. Nous sommes plongé dans un univers bien réel, aux détails choisis et soignés, un début d’histoire inspiré du croisement entre la vie (passée) du quartier et celle de l’artiste. Les éléments du décor, précisément agencés, invitent le spectateur à imaginer la suite du récit.

Commissaire & texte : Maxime Moinet

 

For twenty years, Alain Schank has multiplied pictorial experiments in various large series of abstractions addressing several themes such as gesture, material and chance. They earned him the right to be exhibited internationally and to be enrolled in several Belgian galleries. These commercial relationships, frequently flourishing, sometimes offered him the sparkle of the Holy Grail of artists: to live off his art. However, he was often forced by gallery owners to multiply formats, decline colors and shades, favor one or another effect to meet the (a)varied “tastes” of wealthy clients. This attitude towards artists is still very present nowadays in professional and amateur art galleries, often accompanied by an inequitable distribution of profits from sales.

Time passes by and the shell cracks. Relationships become more and more painful. The desire is no longer there. Upheavals are disappointing. He thinks of giving all up. But as the saying goes: “The burning will not take place! ".

As of now, Alain Schank will paint for himself, as an outsider. From the accumulated frustrations was born a monster, his alias Snach-Ka who accompanied him secretly in the margins of his work for years. He is figurative, free, uninhibited, disinterested and respects nothing but the moment. Alain Schank's introspection by Snach-Ka is bulimic. His crazy characters scream at us with their debauchery, bordering on aggression. Words, in all languages, and collages come to light. In front of this, there are few apathetic viewers.

In the window, disorder thickens even more. The installation is obviously not that of a painter. We are immersed into a truly real universe, with carefully chosen details, the beginning of a story inspired by the meeting between the (past) life of the neighborhood and the life of the artist. The elements of the decor are precisely arranged and invite the viewer to imagine the rest of the story.