VAGUES DU RÉEL, SOUS VERRE
Amalia Laurent, Paris (FR), 1992 
Artiste sélectionnée de l’appel à projet 
Rue de la Cathédrale, 4 

 

Amalia Laurent se propose de dégager le lieu rêvé, celui qui se cachait derrière le visible. Elle place ainsi le visiteur dans un état de rêverie éveillée, et le décor, comme gondolé à force de servir, se dérobe face aux tableaux sylvestres que le regard rencontre. Il s’agi- rait donc de dégager un intervalle éphémère, de dévoiler la fragilité de l’espace tel que nous le vivons : comme toujours inscrit dans un temps que l’artiste se plaît ici à suspendre. L’œuvre se place au bord de l’imaginaire qu’elle suscite : on se figure l’artiste travaillant ses batiks selon la tradition javanaise au milieu des arbres qui lui ont inspirés ses motifs ; mais aussi d’une perspective plus inquiétante, celle de ne trouver qu’un désert derrière les fenêtres entrouvertes sur le carrelage froid et gris de la vitrine. Autrement dit, d’être mis face au risque de ne rien voir d’autre que ce qui est perçu par nos sens.

En travaillant in situ dans cet espace abandonné et en transition, Amalia Laurent se saisit des mondes parallèles qu’elle a l’habitude de manipuler pour créer une illusion visuelle ; tentant de donner un sens à ses rêves de désert et de genèse, à l’absence des lieux qui auraient pu exister et aux dimensions parallèles qui existent peut- être. En distordant un cliché dit « objectif », l’artiste remet en question les limites de l’espace et utilise à son avantage l’ambiguïté des volumes propres au trompe-l’œil. Sur ce rêve de réalité augmentée souffle tout de même un air de mélancolie : les passants ont directe- ment accès aux traditions javanaises qu’elle affectionne, aux arbres qui l’animent et au désert qu’elle esquisse. Il y aurait aux environs de l’art un pacte noué avec le silence et l’inquiétude.

Rémi Guezodje 


ENGLISH
 

Amalia Laurent proposes to bring out the dream place, a place that was hiding behind the visible. She thus carries the visitor into a state of awake daydream and the scenery, almost warped by dint of being used, slips away facing the woodland paintings that the look meets. It is a question of drawing a fleeting interval, unveiling the fragility of the space as we live it : almost always engraved in a time that the artist enjoys suspending. The artwork takes place on the edge of fantasy that it arouses : we imagine the artist working on his batiks according to the Javanese tradition in the middle of the trees that inspired her motifs, but also on the edge of a more worrying pers- pective, the perspective of only finding a desert behind the windows half open on the cold and grey tiles of the window, in other words, of being confronted with the risk of seeing nothing else than what’s detected by our senses.

Amalia Laurent works in situ in this abandoned and transitional space and seizes the parallel worlds that she is used to manipulate to create a visual illusion. She thus tries to give a meaning to her dreams of desert and genesis, to the absence of the places that could have existed and to the parallel dimensions that might be exis- ting. She distorts a so called « objective » cliché to question the limits of space and to take advantage of the ambiguity of the volumes that are specific to the trompe-l’oeil. A touch of melancholy anyway blows on this dream of enhanced reality : passersby have direct access to the Javanese traditions that she loves, to the trees that animate her and to the desert that she sketches. There would be a pact made with the silence and the anxiety in the vicinity of art. Rémi Guezodje