WILL
Antoine Van Impe
, Liège (BE), 1979
Commissaire : Maxime Moinet  
98, rue Cathédrale 

Il pleut. L’eau ruisselle et s’engouffre dans les trous débordants. Son ciré dégouline. Il remonte sa rue, péniblement, les épaules lourdes d’eau et de vie. Les gouttelettes s’effondrent de sa barbe. Le tonnerre le gronde pour sa maigre journée. Sa nasse est bien vide.

Les toits ne fument pas, la petite ville portuaire s’est pour toujours endormie. Plus de vacanciers depuis quelques années, plus de chantiers d’enfants sur la plage, plus de tranchées pour les douves du château. Les pelles et les seaux ont été abandonnés au sable. Les éclairs encerclent le phare, bougie vacillante. Son lit sera vide. Avant, quand sa femme était encore là, ensemble, ils tenaient la poissonnerie-friterie.

La serrure grince, ses bottes crissent. Il jette ses trois prises sur la table. Entre les mailles du filet, les yeux écarquillés le dévisagent. Ses mains crevassées et poisseuses ouvrent, vident, rincent, frottent. Le fumet âcre embaume la pièce. Même rituel, indéfiniment. Les peaux pleines de miroirs brillent. Sa lame de couteau brille. C’est décidé, demain il n’y retournera plus, lui non plus, il n’ira plus jamais pêcher.

Nastasja Caneve

Antoine Van Impe utilise conjointement divers médiums et techniques dans une recherche, un questionnement des rapports entre les différents phénomènes et expériences de l’étant. Plus que l’exposition de faits et d’effets, ces travaux sont des propositions faites à une conscience imageante.