BORDURE DE TERRAIN
Victoire Barbot, Dreux (FR), 1988
Commissaire : Sophie Delhasse 
4, rue Cathédrale

Bordure de terrain de Victoire Barbot préconise le mouvement, l’expérimentation sensible d’un récit qui se déploierait comme les différents paragraphes d’un poème. Un ensemble d’objets, d’échantillons de matière et de photos rythment la vitrine. Bien qu’immobile, chacune
des installations s’active selon la prise de vue, la hauteur de l’œil et la déambulation du corps du spectateur. Les formes se développent, s’étendent, s’épient, se chahutent et se répondent. Ils deviennent les corps immobiles d’un théâtre, celui de la rue et des spectateurs qui se métamorphosent en objets chorégraphiques menés par la curiosité à rebrousser chemin, marquer un temps d’arrêt, repartir, s’abaisser, se tordre... Chaque sculpture est une imbrication de projets passés et de futures en devenir, un état transitoire que souligne l’équilibre subtil dans lequel l’artiste a placé chaque élément. Entre dévoilement et camouflage, Victoire Barbot installe une infime partie de sa collection d’objets et matériaux qu’elle récupère au gré de ses déambulations, de ses résidences, de sa propre histoire. Le fragment d’objet ou de corps devient constitutif d’un vocabulaire plastique, une vision subjective de ce qui nous entoure, de ce qui ne sert plus et que l’on oublie. L’évanescence de la mémoire se substitue à l’objet le transformant tour à tour en métaphore d’un lieu, d’un état, d’un statu quo. L’œuvre de Victoire Barbot se joue de nous, de nos souvenirs et de toute charge culturelle, spirituelle et émotionnelle nous attribuons aux ‘choses’. Elle en dégage l’individualité d’un langage qui lui est propre et qui détermine petit à petit son terrain de jeu.

« De la sculpture à la peinture, la démarche de Victoire Barbot ne cesse d’aller et venir en quête de la réalisation de tout un monde de travaux qui déterminent les termes d’une forme d’esthétique singulière, tout à la fois minimaliste et subjective. A cette fin, l’artiste en appelle au réemploi de matériaux de récupération qu’elle met en jeu dans des compositions qui se déclinent volontiers à l’ordre tantôt d’inventaires, tantôt de séries, tantôt d’installations, où le dessin trouve ici et là sa place.
Ses œuvres procèdent d’un certain nombre de critères récurrents : qu’ils soient protocolaires comme l’action, l’assemblage ou la combinaison, qu’ils soient formels comme la structure, l’emboîtement ou l’empilement, qu’ils soient physiques comme le fragile, l’équilibre ou l’éphémère. Elles sont le plus souvent dans un rapport d’échelle à la mesure de l’artiste et relèvent implicitement d’une histoire qui lui est souvent personnelle. Ainsi de l’entreprise familiale de pièces détachées pour
vélos et voitures au sein de laquelle elle a grandi. »

Extrait de Victoire Barbot, un minimalisme très subjectif par Philippe Piguet