FRAGMENTS D’UN PAYSAGE POST-SIDERURGIQUE SUR LA TRACE DU SILLON INDUSTRIEL
Capucine Lageat, Paris (FR), 1995 Antoine Perroteau, Nantes (FR), 1989
Commissaire : Thibaut Wauthion
Féronstrée, 54 

 

Capucine Lageat et Antoine Perroteau nous proposent un regard sur les vestiges industriels délaissés, voire oubliés, dont le paysage liégeois est largement parsemé. Ce duo d’artistes a déambulé dans les quartiers ouvriers de la région pour les observer et en cap- ter des images. Ces dernières offrent à voir rues et habitations avec pour toile de fond une ruine industrielle, qui représente générale- ment « un repère artificiel en hauteur, similaire à un clocher d’une église » précise le duo. Un intérêt patrimonial, social et politique sous-tend cette démarche.

Malgré l’absence de figure humaine dans cette œuvre, la dimen- sion sociologique est abordée par un questionnement historique et prospectif. L’extinction des usines a conduit à un important chô- mage ainsi qu’une perte d’identité. Les photographies des artistes montrent des rues presque figées dans le temps sans expliquer comment leurs habitants évoluent dans notre société.

Par ailleurs, la présence des ruines industrielles sur les photos conduit à interroger cette logique urbaine tournée vers le passé. L’obsolescence des usines et autres lieux industriels remet en question la construction des villes autour de ces lieux vidés de toute activité. L’impuissance des autorités à imaginer un futur pour ces vestiges est soulevée en substance dans cette œuvre.

Les deux artistes pointent cet immobilisme tout en suggérant le point de vue du piéton. La déambulation et la dérive sont très impor- tantes dans leur travail. Ces deux aspects amènent une dimension situationniste, avec l’idée de la marche qui pourrait structurer les quartiers et les villes. La conception de ces dernières par le mou- vement, et non selon l’habitat ou selon un éphémère lieu de travail, ouvre d’autres perspectives.

Thibaut Wauthion 


ENGLISH
 

Capucine Lageat and Antoine Perroteau propose a look at the abandoned and forgotten industrial vestiges that largely embellish Liege landscape. This artist duo strolled about the working-class neighborhoods of the region to observe them and capture images of them. These images show streets and houses with a back- ground industrial ruin that generally represents “a high artificial landmark similar to a church tower” the duo adds. A patrimonial, social and political interest underlies this approach.

Despite the absence of a human figure in this work, the socio- logical dimension is tackled by a prospective and historical questioning. The extinction of the factories led to a significant unemployment and a loss of identity. The photographs of the artists show streets that are almost stuck in time without explaining how their inhabitants evolve in our society.

Furthermore, the presence of the industrial ruins on the pictures leads to question this urban logic turned towards the past. The obsolescence of factories and other industrial places questions the construction of cities around these areas emptied of any acti- vity. The helplessness of the authorities to imagine a future for these vestiges is highlighted in substance in this work.

The two artists highlight this inaction while suggesting the point of view of the pedestrian. The stroll and the drift are very important in their work. These two aspects add a « situationist » dimension with the idea of the walk that could structure the neighborhoods and the cities. The design of these spheres based on the move- ment, and not the environment nor an ephemeral workplace, opens up new prospects.

Thibaut Wauthion