QUARANTINED SALIVA (Les Sentiments océaniques)
Carole Mousset, Redon (FR), 1994
Sélectionnée dans le cadre de l’appel à projet
Rue Gérardrie 10

 

Animal anguilliforme des fonds marins, la myxine tire parti de l’eau de mer pour produire un genre de mucus afin de se défendre. Elle rejette une substance chimique par une rangée de pores disposés sur ses flancs. Ces produits chimiques réagissent immédiatement avec l’eau de mer pour former un mucus filamenteux. Quand le prédateur inhale ce produit, il suffoque. Pour se protéger de son propre mucus, la myxine s’enroule de façon à former un nœud qu’elle glisse ensuite sur toute la longueur de son corps afin de l’essuyer.

C’est cette matière, qui protège autant qu’elle tue, qui forme le point de départ de cette installation, et la nature du montage photographique qui la compose. Il est courant dans mon travail que peinture, sculpture et photographie soient amenées à dialoguer au travers de corpus iconographiques prenant leur source à divers endroits. Ici, le cadre d’une peinture devient sculpture, la photo devient décor, chaque médium vient étayer le propos de l’autre. 

Quarantined Saliva vient questionner le rapport ambigu que l’on possède avec les fluides corporels. Repoussants, ils sont pourtant au cœur de nombreuses croyances, et le meilleur moyen par lequel représenter et questionner les corps et leur intériorité. Ils convoquent la brillance, le mouvement cyclique, servent de métaphore à l’expression de nos émotions, et enfin possèdent un puissant caractère sexuel. Pouvant être doux ou toxiques , ils dévoilent une intimité qui se déverse ; une intimité isolée par cette vitrine qui pourtant la valorise. 

Carole Mousset


ENGLISH
 

The hagfish is a seabed anguilliform animal and makes good use of sea water to produce a kind of mucus to relax. It releases a chemical substance through a row of pores positioned on its flanks. These chemical products immediately react with sea water to form a filamentous mucus. When the predator inhales this product, it suffocates. In order to protect itself from its own mucus, the hagfish winds around itself to form a knot that it slips afterwards along the entire length of its body to wipe it.

This protecting or lethal substance is the starting point of this installation and the nature of the photomontage that forms it. In my work, painting, sculpture and photography commonly merge to dialogue through iconographic corpus emerging from diverse places. The frame of a painting here becomes a sculpture, the picture becomes decoration, each medium backs up the aim of another one.

Quarantined Saliva questions our ambiguous connection with bodily fluids. Yet repulsive, they are at the heart of numerous beliefs, and the best way to represent and question the bodies and their inwardness. They combine brilliance and cyclical movement, are used as metaphor for the expression of our emotions, and finally have a powerful sexual nature. They can be soft or toxic and unveil a flowing intimacy. This intimacy is isolated by this window that yet highlights it.

Carole Mousset