SHELL HAUS
Clara Stengel, Paris (FR), 1989
Commissaire : Sophie Delhasse 
Cheravoie, 5 

 

Les installations de Clara Stengel témoignent autant d’une attention au monde qu’à la sphère de l’intime. Une observation minutieuse qui pousse l’artiste à prendre possession des formes, des objets, des matériaux qui constituent et organisent nos espaces de vies. Le lieu d’exposition et le contexte de production influencent les œuvres de l’artiste. Lors d’une exposition personnelle à Bagnoler (artist-run-space situé en banlieue de Paris), c’est une inondation dans son atelier qui poussera Clara Stengel à exposer les restes de dessins gondolés, et à rejouer comme un décor l’humidité ayant investi les murs. Dans un rapport réciproque de l’eau venue troubler l’intérieur de l’atelier, la salle d’expo accueille des fragments de la rue. De feuilles mortes et des fils électriques qui viennent brouiller les statuts pourtant distincts de ces espaces du quotidien. Les objets, le mobilier urbain ou encore les motifs d’intérieurs se trans- forment en lexique. Nous réalisons soudainement que leur valeur ne réside plus dans leur usage possible, rendant parfois ridicule l’idée même de fonction. Pourtant tous ces éléments continuent de nourrir un flux constant de souvenirs et d’instants passés ou à venir. Nous les avons intégrés à notre univers personnel, ils nous traversent au quotidien autant que nous les traversons. Dans un jeu d’imitation, de traduction, d’association ou d’échelle, Clara Stengel nourrit des micro-fictions, un jeu de miroirs créant des tensions discursives et poétiques entre matériaux et objets, intime et urbain, lieu de vie et de travail. Les installations de l’artiste nous protègent du désordre du monde autant qu’elles nous autorisent à question- ner notre position et notre échelle au sein de celui-ci.

Sophie Delhasse 


ENGLISH
 

Clara Stengel’s installations show an attention to the world as much as the intimate sphere. A meticulous observation that urges the artist to take possession of the shapes, the objects, the materials that constitute and organize our living spaces. The place of exhibi- tion and the production context influence the artworks of the artist. During a personal exhibition at Bagnoler (artist-run-space located in the suburbs of Paris), a flood in her studio pushed Clara Stengel to exhibit the remains of crinkled drawings and to use as a decor the humidity that invaded the walls. In a reciprocal relation of water that troubles the inside of the studio, the exhibition hall hosts the fragments of the street. Dead leafs and electric cables scramble the distinct status of these everyday spaces. The objects, the street furniture or the interior motifs turn into lexicon. We suddenly realize that their value does not reside in their possible function anymore, sometimes ridiculing the very idea of function. However, all these elements continue to feed a constant stream of memories and past or future instants. We integrated them to our personal uni- verse, they traverse us daily as much as we traverse them. In a game of imitation, translation, association or scale, Clara Stengel feeds micro-fictions, a mirror game creating discursive and poetic tensions between materials and objects, intimate and urban, living space and workplace. The artist’s installations protect us from the disorder of the world as much as they allow us to question our posi- tion and our scale within this world.

Sophie Delhasse