À TE LIRE, 2021
Collectif DSCTHK, Jérôme André, Mons (BE), 1972 - Thibaut Blondiau, Mons (BE), 1973
Collectif sélectionné dans le cadre de l’appel à projet
Rue Hors-Château 40

 

Surgissant d’un déluge de lasers et de fumigènes, l’homme mécanique et technoïde, affublé de micros et de loupiottes, entonne Asi me gusta mi un hit de 1991, s’ouvrant par quelques cris guerriers, avant d’enchaîner une litanie phonétique, dont le sens, 30 ans plus tard, demeure toujours un mystère pour les algorithmes des traducteurs en ligne.
Après un rodage au sein des clubs de la Ruta del Bakalao dans la région de Valence, le tube de l’artiste robot, Chimo Bayo, un DJ espagnol, se répand comme une trainée de poudre sur les dancefloors du continent, où, pour ceux qui veulent l’entendre, il tonne comme une incantation vouée aux psychotropes de synthèses.

Pour Art au Centre, DSCTHK, a isolé les composantes phonétiques de la litanie inaugurale de la chanson, comme pour en retrouver la formule. La structure de l’extrait est composée d’une petite dizaine de particules sonores que les artistes ont reportées dans une grille, comme dans un tableau des éléments. Les phonèmes identifiés s’articulent de différentes façons pour constituer l’écriture mélodique et rythmique de passage de la chanson. Le découpage qui en est fait, le réduit à une sorte de système métrique, à la séquentialité des musiques électroniques, ou encore à l’automatisation que l’on retrouve dans la lecture des cartes perforées qui dirigent les orchestres mécaniques.


Cette « mécanisation » du tube de Chimo Bayo, lequel n’est pas en reste, ne doit pas occulter la valeur poétique que les artistes entendent accorder à l’extrait au regard de sa simple valeur d’énonciation. Ils y voient une forme de poésie abstraite, faite d’onomatopées, une expérience dadaïste dans la ville d’aujourd’hui, une parole libre telle que rêvée par les poètes futuristes. Le passant est donc invité à se livrer à une lecture qui s’échelonne d’une fenêtre à l’autre, étape par étape, pour une énonciation progressivement maitrisée. Les prouesses pourront donner lieu en rue à des scat duels ; un simple jeu vocal de syllabes et d’onomatopées rythmiques, propre cette fois au jazz, et qui n’a pour sens que sa propre musicalité. 

 

Le collectif DSCTHK (pour « Discotheek ») ancre ses pratiques artistiques dans la culture populaire. Son inspiration vient avant toute chose des lieux (bars, clubs, festivals, etc.) qui accueillent les divertissements nocturnes. Le travail peut prendre la forme d’archives mais, le plus souvent, il donnera lieu à la création d’œuvres à vivre, à partager, voire à consommer. Il est sociologique par l’examen critique qu’il opère à l’endroit des dispositifs et des codes qui articulent les distractions de masse : décors, publicités, modes opératoires. Il est aussi social au gré des situations qu’il propose à l’occasion de performances.


ENGLISH


Emerging from a flood of lasers and smoke bombs, the mechanical and technoid man, decked out in mikes and lights, strikes up 1991 music hit asi me gusta mi, starting with several battle shouts, before carrying on with a phonetic litany, whose sense, 30 years later, still remains a mystery for the algorithms of online translators. After a trial period in the clubs of the Ruta Del Bakalao in the Valencia region, the hit by robot artist and Spanish DJ Chimo Bayo spreads like wild fire through the dance floors of the continent, where, for those willing to hear it, an incantation destined for synthetic psychoactive drugs resonates.

For Art au Centre, DSCTHK isolated the phonetic components of the opening litany of the song, as if they were trying to find the formula. The structure of the extract is made of a dozen of sound particles that the artists transferred into a table, like in a periodic table of the elements. The identified phonemes articulate in different ways to form the melodic and rhythmic writing part of the song. The resulting division reduces it to a sort of metric system, to the sequentiality of electronic music or to the automation of the reading of punch cards that conduct mechanical orchestras.

This “mechanization” of Chimo Bayo’s hit, which has not been left behind, can’t overshadow the poetic value that the artists try to give to the extract in view of its simple statement value. They see a form of abstract poetry, made of onomatopoeias, a Dadaist experience in today’s city, a free speech as envisioned by futuristic poets. The observer is thus invited to engage in a reading that stretches from one window to another, step by step, for a progressively mastered statement. The feats will produce scat duels in the street; a simple vocal game of syllables and rhythmic onomatopoeias, specific to jazz music this time, whose sense is only its own musicality.

 

Collective DSCTHK (standing for “Discotheek”) anchors its artistic practices in popular culture. Its inspiration mostly comes from the places (bars, clubs, festivals…) that host nightlife entertainment. The work can take the form of archives but more often it will lead to the creation of artworks destined to be lived, shared or even consumed. It is sociological through the critical review that it operates at the place of the organizations and codes that articulate mass entertainment: sets, ads, operating procedures. It is also social according to the situations that it suggests on the occasion of performances.