TATAMI
Delphine Pouillé, Clermont-Ferrand (FR), 1979 (vit et travaille entre Paris et Liège)
Commissaire : Anna Ozanne (Mermermer)
Rue du Palais 16

 

Un textile suspendu dont les dimensions sont celles d’une feuille A4 agrandie à l’échelle de la vitrine renferme une combinaison de croquis en semi-transparence. La mousse polyuréthane, habituellement utilisée pour remplir des murs creux, s’immisce dans la doublure du tissu, et donne la forme au corps d’un personnage dont la posture est aussi extraordinaire qu’inconfortable. Une jambe, un pied, une figure… Le tout dans le désordre. Excellence et folie d’un corps entraîné à l’extrême. Quelle figure ce sportif a-t-il tenté pour se retrouver ainsi emmêlé ? Un muscle a-t-il craqué à l’entrainement ? La mollesse de la matière confère une souplesse presque ludique au corps, pris dans un jeu de Tetris humain. 

Jouant avec les limites du tissu comme avec celui d’une feuille, le dessin a des allures de sculpture. Ce bas relief n’illustre pas une scène antique, mais semble figer une allégorie énigmatique dans laquelle chacun peut y projeter un sens. Quelle est cette étrange prise de combat faite contre soi-même ? 

Faussement naïve, l’œuvre a des airs de totem. Emblème ou amulette, elle symbolise peut-être un situation contemporaine. Ce corps semble fragmenté en séquences photographiques et renvoie aux premières scènes du cinéma muet, à la chronophotographie décomposant le mouvement et mettant en scène des gags dans lesquels les personnages se font avoir à leur propre jeu (L’arroseur arrosé). 

Anna Ozanne
 

ENGLISH
 

A hanging textile, whose dimensions are those of an A4 sheet enlarged at the scale of the window, contains a set of semi-transparent sketches. The polyurethane foam, usually used to fill in hollow walls, becomes part of the fabric lining, and gives to the body the shape of a character whose posture is as extraordinary as uncomfortable. A leg, a foot, a face… A great confusion. Excellence and madness of a body trained to the extreme. What move did this athlete do to find himself in such an awkward position? Did he pull a muscle during training? The softness of the material gives a nearly fun flexibility to the body caught into a game of human Tetris. Playing with the limits of the fabric like those of a sheet, the drawing resembles a sculpture. This bas-relief does not illustrate an ancient scene, but seems to suggest a mysterious allegory in which anyone can find a meaning. What is this strange combat hold inflicted to oneself? Falsely naïve, the artwork looks like a totem. Emblem or amulet, perhaps it symbolizes a contemporary situation. This body seems fragmented into photographic sequences and refers to the very first scenes of silent films, to the chronophotograph decomposing the movement and staging gags in which the characters get beat at their own game (L’arroseur arrosé). 

Anna Ozanne