PORTE-VOIX
Diane Gaignoux, Le Havre (FR), 1993
Commissaire : Marine Candova, Cdlt+
Rue de la Cathédrale, 46 

 

Walter Benjamin note que l’on assiste à une hellénisation de l’ima- ginaire utopique alors appliqué aux rues-galeries vers 1830 : les façades bien alignées d’une Antiquité sublime cachent le chaos de la grande ville naissante. C’est à ce moment que Fourier fait construire les premiers passages à Paris. Le style y est Empire.

La fantasmagorie des passages plonge dans un passé mythique en combinant des symboles intemporels. Ce sont les prémices de l’expérience contemporaine du shopping et du mall.
« Le mall est sans doute l’exemple contemporain le plus frappant de ce que nous entendons dans ce livre par fantasmagories, lieux clos saturés d’imaginaires, « rêvoirs collectifs » (...) »

(Berdet Marc, Fantasmagories du Capital, p. 8).

Les « window displays » sont constituées comme des environ- nements oniriques. La vitrine prend alors le rôle de boite à rêve, comme celle du cinéma ou du spectacle.

Ma proposition scénique pour vitrine est constituée d’éléments qui rappellent cette utopie hellénistique par la présence du drapé. Les vases-faces et visages mous sortent d’un monde irréel et surréaliste. Ils entrent en scène sur cet espace comme dans une tragédie grecque.

Ce sont des personnages, des statuaires. Per-sonare.

Ce sont aussi des réceptacles comme des corps possibles. Des mues abandonnées, dans l’attente d’un intéressé. Des résidus de jeux de théâtre. Des espaces à habiter, à faire résonner.

Cette galerie de portraits se laisse voir comme une collection de possibles porte-voix. Le flâneur est l’acteur, quelle face vais-je arborer aujourd’hui ?
Comme toutes les boutiques de possibles soi.

On met un visage sur son visage. 

Diane Gaignoux


ENGLISH
 

Walter Benjamin notes that we witness a Hellenization of the utopian imagination applied to the street-galleries in 1830 : the well lined up fronts of a sublime Antiquity hide the chaos of the nascent big city. It was then that Fourier built the first ways in Paris in a pure Empire style.

The phantasmagoria of the ways plunges into a mythical past combining timeless symbols. This is the beginning of the contemporary experience of shopping and malls.
« The mall is probably the most striking contemporary illustra- tion of what we understand in this book by phantasmagorias, enclosed places full of fantasies, “collective utopias” (...) » (Berdet Marc, Fantasmagories du Capital, p. 8).

The « window displays » are similar to dreamlike environments. The window then takes the role of a dream box, just as cinema or drama would.

My scenic proposal for windows is made of elements that recall this Hellenistic utopia characterized by the presence of drapery. The soft vases-faces and faces emerge from a surrea- list and imaginary world. They enter the stage in this space as in a Greek tragedy.

These are characters, statuaries. Personare.

They are also a receptacle like possible bodies. Abandoned molting, waiting for someone interested. Residues of theatre plays. Spaces to be inhabited, to have them resonate.

This gallery of portraits can be seen as a collection of possible megaphones. The stroller is the actor, what face am I going to wear today ?

As all the shops of possible self. We put a face on one’s face.