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LOVE LETTERS
Dora Jeridi, Paris (FR), 1988
Commissaire : Sophie Delhasse
Cheravoie 5

 

Love Letters est le titre de la série de peintures réalisée par Dora Jeridi en 2018. Une constellation de scènes au cadrage photographique dont l’unité se joue dans une palette minimale et sombre qui multiplie le motif du corps, de la nudité et du désir. Un autoportrait fragmenté qui suggère autant qu’il ne montre, à la frontière volatile entre figuration et abstraction. La peinture de l’artiste laisse transparaître une rapidité gestuelle, pulsionnelle, transformant dans certaines toiles, jusqu’à la figure même. Elle la métamorphose et lui donne une épaisseur psychologique et charnelle, une texture. Réalisées dans l’intimité d’un échange amoureux/érotique sur Messenger, à rebours de l’instantanéité des messages, Dora Jeridi déplace la peinture dans le champ du fantasme et confère autant de puissance évocatrice aux scènes représentées qu’aux hors-champs qui resteront inaccessibles. 

La pulsation sensuelle et intime qui se dégage de la série, inscrit l’œuvre dans le monde sensible, présentant « le corps de l’artiste comme il se présente dans la réalité : incarné, désirant, tour-à-tour potentiellement soumis et dominant, instable »*.  L’œuvre déjoue le cliché de l’érotisation passive du corps féminin ou de la muse révélant « la possibilité pour le nu d’être une figure puissante et active »**. S’agit-il d’un acte d’émancipation ou de transgression dans une société où, une présumée libération sexuelle semble plutôt nous avoir mené vers un marché du plaisir désincarné ? La série Love Letters de Dora Jeridi révèle la puissance poétique du désir et de son incarnation charnelle. 

Sophie Delhasse

* ALFONSI, Isabelle, Pour une esthétique de l’émancipation. Construire les lignées d’un art Queer, Paris, Éditions B42, 2019, p. 66.

** Ibid.


ENGLISH


Love Letters is the title of the collection of paintings created by Dora Jeridi in 2018. A constellation of picture framed scenes whose unity is performed in a minimal and dark palette that multiplies the motif of the body, the nudity and the desire. A fragmented self-portrait that suggests as much as it shows, at the volatile boundary between figuration and abstraction. The artist’s painting reveals a gestural and urging quickness, transforming in certain canvas the figure itself. She transforms it and gives it a psychological carnal thickness, a texture. Created in the intimacy of a romantic/erotic exchange on Messenger, unlike the instantaneousness of the messages, Dora Jeridi shifts the painting into the sphere of fantasy and confers as much evocative power to the represented scenes as the off-screens that will remain inaccessible.

The sensual and intimate beat that emerges from the collection places the artwork into the sensitive world, presenting “the body of the artist as it is in reality: incarnate, desiring, in turns potentially submissive and dominant, unstable”. The artwork foils the stereotype of the passive sexualization of the female body or the muse revealing “the possibility for nude to be a powerful and active figure”. Is it an act of emancipation or violation in a society where a presumed sexual liberation seems to have led us to a market of disembodied pleasure? Dora Jeridi’s collection Love Letters reveals the poetic power of desire and its carnal embodiment.

Sophie Delhasse

* ALFONSI, Isabelle, Pour une esthétique de l’émancipation. Construire les lignées d’un art Queer, Paris, Ed. B42, 2019, p. 66.

** Ibid.