AOÛTIENNE
Dorothée Louise Recker, Sandvika (NO), 1984
Commissaire : Thomas Ghaye, La peau de l’ours 
Rue du Palais, 16 

 

J’ai grandi au bord de la mer. C’est un univers maritime, solaire, méditerranéen, qui repose à la source de mon inspiration. Il est sentimental, sensoriel, empreint de mélancolie. Il dit les ciels roses du mois d’août et la terre chaude des collines, les plages décolo- rées au crépuscule, la profondeur insondable de l’horizon. Par ma démarche de peintre et de plasticienne, je restitue ce territoire qui est le mien, intime et géographique.

Mon langage mêle ces influences à une recherche centrée autour des notions de couleur et de geste : matérialité ou évanescence de la première, effacement ou mise en exergue du second. Peindre, c’est transposer le réel à un ailleurs sans repères que seul délimite le regard face au tableau. C’est aussi un acte par lequel je donne corps à une perception sensible, sensuelle, exprimant un amour absolu de la lumière et de la couleur et une croyance profonde en leur nature magique et mystérieuse. Les gradations colorées sug- gèrent un monde céleste et immatériel qui n’existe pourtant que par la matière. Le vide est plein de couleur, en tension avec la densité des couches et de la saturation. La surface peinte livre mes gestes effaces par leur propre répétition. Croyant ainsi me soustraire, je constate l’impossibilité d’y parvenir : l’imperfection, si infime soit- elle, révèle toujours le procédé. Ma main ne peut imiter le ciel.

L’absence de limites et de points de fuite affirme autant la quête d’un horizon que le désir de m’y perdre. Par les variations de matières et de supports, je recherche la continuité d’un univers que je souhaite aussi immersif pour le spectateur que l’est pour moi la perception du monde qui m’entoure.

Dorothée Louise Recker 


ENGLISH
 

I grew up by the sea. It is a maritime, solar, Mediterranean uni- verse that lies at the source of my inspiration. It is sentimental, sensorial, suffused with melancholy. It praises the pink skies of August and the warm land of the hills, the faded beaches at dusk and the unfathomable depth of the horizon. My painter and artist approach allows me to reproduce this territory that is mine, inti- mate and geographic.

My language combines these influences with a research centered on the notions of color and gesture : materiality or evanescence of the first quoted, deletion or emphasis of the second named. Painting is transposing reality to otherworldliness without marks only delimited by the look facing the painting. It is also an act by which I give substance to a sensitive and sensual perception expressing an absolute love for light and colors, and a deep belief in their magic and mysterious nature. The colorful gradations suggest a celestial and immaterial world that only exists via the substance. The void is full of color, in tension with the denseness of the layers and the saturation. The painted surface reveals my gestures erased by their own repetition. Thinking I was escaping, I observe the impossibility of doing so : the tiniest imperfection always reveals the process. My hand can’t imitate the sky.

The absence of limits and leaking points maintains the quest for a horizon as much as the desire of losing myself in it. Through the variations of substances and supports, I seek the continuity of a universe that I see as being as immersive for the spectator as the perception of the surrounding world is for me.

Dorothée Louise Recker