KARIA WARIOOTIA
Esther Babulik, Montpellier (FR), 1993
Artiste sélectionnée dans le cadre de l’appel à projet
Rue Pont d'Avroy 28

 

La charogne est mon point de départ. Elle désigne un terme du corps en décomposition et donc en transformation, corps mou devenant dur, corps animal ou humain, corps source de vie mais mort. Il s’agit de raconter alors un mouvement, vers une métamorphose. Le corps n’est plus corps et est devenu un amas sans visage, une chose qu’on ne peut qualifier, la chair se mélange aux poils ou aux cheveux. Grâce à la cire, elle semble respirer. Sa forme méconnaissable contraste avec son aspect vivant, comme pour inverser le processus, tantôt naissance, tantôt mort, la lecture se fait dans les deux sens. La naissance, c’est à dire la création, la génération, répondrait de manière complémentaire à la décomposition. Ces deux mouvements se répondraient de manière symétrique.

Le corps est une matière vivante qui va être recyclée, redistribuée. Ainsi, si l’on considère chaque entité avec son environnement, en la considérant comme faisant partie d’un tout, on pourrait ainsi imaginer que toute vie est comme composée d’une seule et même matière qui change d’apparence à volonté, comme une cire qu’on ferait fondre à l’infini.

J’aime l’idée que le corps n’est pas culturel ou naturel, qu’il devient les deux, et que notre relation au naturel se résume désormais à des pulsions contraintes, refoulées. Je tente de m’interroger sur ces états de limite, ces zones où les frontières semblent cesser d’exister. Des ambivalences se confrontent, et de là va découler une transformation.

Cette sculpture est inspirée de l’Ikaria wariootia, un animal ver- miforme, qui semble être le plus ancien exemple de bilatérien, la forme corporelle commune à l’écrasante majorité des animaux depuis lors. Il pourrait être l’ancêtre du règne animal, dont l’humain.

Esther Babulik
 

ENGLISH
 

The rotting carcass is my starting point. It refers to a term of decomposing and thus transforming body, soft body becoming hard, animal or human body, body source of life but dead. It is a matter of describing a movement towards a metamorphosis. The body is not body anymore and became a faceless pile, a thing that we can’t qualify, the flesh gets mixed up with the hair. Thanks to the wax, it seems to breathe. Its unrecognizable shape contrasts with its living aspect, as if to reverse the process, sometimes birth, sometimes death, the reading can be done both ways. The birth, namely the creation, the generation, would respond complementarily to the decomposition. These two movements would respond to each other symmetrically. 

The body is a living matter that is going to be recycled, redistributed. So, if we consider each entity with its environment, considering it as being part of a whole, we could thus imagine that any life is made of a single matter that changes its appearance freely like a wax that we would melt endlessly. 

I like the idea that the body is not cultural nor natural, the idea that it becomes both and that from now on our relationship with nature comes down to forced and repressed drives. I try to wonder about these states of limit, these zones where the boundaries seem to disappear. Ambivalences converge and a transformation will originate from that.

This sculpture is inspired by the Ikaria wariootia, a vermiform animal that seems to be the oldest example of bilateria, the body shape shared by the vast majority of animals since then. It is perhaps the ancestor of the animal kingdom, including humans.

 

Esther Babulik