SANS TITRE
Etiennette Plantis, Bretagne (FR), 1986
Artiste sélectionnée dans le cadre de l’appel à projet
Rue Cathédrale 98

 

Je collectionne, c’est ma première pratique artistique. Ma collection, sur laquelle je travaille, repose sur une utopie forte, celle des villages de vacances. Outre l’aspect attendu des voyageurs en goguette, il y a un lexique sociologique, une architecture, un rapport physique et mental lié à ces espaces qui me déroutent profondément et me plaisent : le bleu azur, les rayures, les matériaux parfois très bon marché du mobilier, « les œuvres d’art » fichues ici et là pour amuser la galerie, la couleur des tentures et les excès de zèle, la naïveté aussi. Mon travail s’organise comme un décor factice, avec un ordre singulier et hiérarchisé. Comme un système qui n’aurait plus de limite, donnant une installation composite, une juxtaposition d’éléments, une multitude d’arte- facts, des empilements au sol, au mur, des variétés de textures, de tissus, des céramiques, de la peinture, de la moquette, une composition d’usages différents. La peinture, est alors pulvérisée, catapultée, périclitée, elle est soumise à des dissidences visuelles mais répond malgré tout à un langage pictural clas- sique et traditionnel. Un vocabulaire hybride et singulier mène la danse vers un répertoire de formes, plein de liberté, de plaisir et de jouissance. Le motif se construit de façon archaïque, comme une citation à l’histoire du collage. La partition des gestes isole des signes, et érige d’autres éléments de langage en principe plastique : un compromis entre une parodie sérieuse et une ironie joyeuse. L’analyse de ma collection photographique de paradis perdus, d’illusion collective, de déni généralisé, de conformisme exacerbé est au cœur de mon travail. Questionner des espoirs inatteignables, des projections liées à des espaces curieux, à des matériaux sans espérance, créer un univers de résurgences, des objets de désir, des volontés mystérieuses, une contemplation désinvolte. « Et vous, le bonheur, vous l’imaginez comment ? » Etiennette Plantis


ENGLISH
 

I’m a collector, it is my first artistic practice. My collection, on which I have been working, rests on the great utopia of holiday villages. Besides the expected aspect of travelers out enjoying themselves, there is a sociological lexicon, an architecture, a physical and mental connection linked to these spaces that deeply disconcert me and that I like: azure blue, stripes, the very cheap materials of the furniture, « artworks » thrown here and there to play to the gallery, the color of the curtains and the overzealousness, naivety too. My work organizes itself like a fake scenery with a singular and hierarchical order. As a system that would have no more limit, leading to a heterogeneous installation, a juxtaposition of elements, a multitude of artefacts, pilings on the ground, on the wall, varieties of textures, fabrics, ceramics, paint, carpet, a composition of different uses. The paint is then sprayed, catapulted, collapsing, it is subject to visual dissidences but nonetheless responds to a classic and traditional pictorial language. A singular and hybrid vocabulary calls the tune towards a repertoire of shapes, full of freedom, pleasure and enjoyment. The motif is built up archaically, as a reference to the history of collage. The division of gestures isolates signs and establishes other plastic elements of language: a compromise between serious parody and happy irony. The analysis of my photographic collection of lost paradises, collective illusion, widespread denial, exaggerated conformism is at the heart of my work. Questioning unreachable hopes, projections linked to curious spaces, to hopeless materials, creating a universe of resurgences, objects of desire, mysterious wishes, and a casual contemplation. « And you? How do you imagine happiness?  »  

Etiennette Plantis