Parfums de pauvres
Fabienne Audéoud, Besançon (FR), 1968

En 2011, j’ai acheté – dans un magasin électro-ménager et de bricolage bon marché du 18e arrondissement de Paris – les parfums Solitude, La Chute, Querelle, Predator, les premières bouteilles de la collection «parfums de pauvres», aujourd’hui constituée d’une centaine de pièces.

Même si certaines font référence à des flacons et/ou des marques reconnais- sables, ce ne sont pas des contrefaçons. Elles sont choisies exclusivement pour leur nom et leur prix inférieur à 5 €.

Censées contenir des odeurs agréables et offrir un certain plaisir et bien-être, elles affichent néanmoins des notions bizarres telles que Bishop (évêque), British Emotion (émotion britannique), Relinquish (renoncer), Nob-luck (chance de la bite), Maniac (dingue), Untrue Lies (mensonges non vrais) My Manager (ma.on directeur.ice) et souvent d’une grande violence Dilemme, Dispute (litige), Tender Stalking (tendre harcèlement), Phobia Men (hommes phobie), etc.

Qui a imaginé ces noms ? À qui s’adressent-ils, si ce n’est à des consommateur.ice.s pauvres, qui, soit ne comprennent pas ce qu’iels lisent, désirent et achètent, soit le valent bien.

Sur les rayons des magasins et de façon plus développée dans les installations s’écrivent des phrases, un texte, un discours/odeur à « porter ».

Cette pièce fait partie d’une série autour de ce qui se porte, comme un vêtement ou un parfum (to wear), une charge (to carry), un message (to convey), le nom de son père ou de son mari (to bear his name) ou un personnage à la scène ou à l’écran (to perform). On dit aussi d’une voix qu’elle porte.

Artiste sélectionnée dans le cadre de l’appel à projets
Texte : Fabienne Audéoud

 

In 2011, in the 18th arrondissement of Paris where I used to live, I bought some perfumes called Solitude, La Chute (the fall), Querelle (quarrel), Predator in cheap DIY shops. They were the first bottles of the collection “Perfumes For The Poor” that nowadays features a hundred pieces.

None of them are counterfeits, even if some clearly refer to well known bottles and brands. They are exclusively selected for their name and their price (around or under 5€). They are meant to contain nice smells and offer a form a wellbeing and pleasure but the words they display vary from weird to extremely violent: Bishop, British Emotion, Relinquish, Nob-luck, Maniac, Untrue Lies, My Manager, Dispute, Solitude, Tender Stalking, Phobia Men, Dangerous swamp, Expire, etc.

Who came up with such names? Who are they addressed to, if not to poor consumers who don’t really understand what they read, or maybe who are just worth it...

On the shelves of stores and in a further developed way in installations, sentences, a text, a discourse/smell to “wear” are written.

This piece is part of a large series about ‘porter’ translated in English by “to wear” (for clothes and perfumes), to carry a load (porter une charge), to convey a message (porter un message), to bear his name (porter le nom de son père ou de son mari) to perform a character (porter un personnage à la scène ou à l’écran). There is also a French expression saying that a voice carries well.