Io Burgard, Vue de l'exposition Animal à fenêtre, CAC Les capucins Embrun, 2020, ph. François Delarrière

La vague sous cloche
Io Burgard, Talence (FR), 1987 (vit et travaille à Paris et à Saint-Denis)
Commissaire : Sophie Delhasse
Rue de la Cathédrale, 31a

 

L’œuvre d’Io Burgard s’exprime dans une variation de techniques, de formes et de textures. Dessins, sculptures, objets et installations s’imbriquent dans un mouvement continuel de forme et de contreforme comme l’expression multiple et inépuisable d’un monde fantasmé, transcendé où « l’idée matérialisée, descendue d’une émanation vaporeuse, serait une pâte molle [...]. Elle doit être refondue, et indéfiniment, pour tenter d’en dégager le plus de substance ». De cette matière molle, Io Burgard façonne un univers qui s’approprie différentes dimensions : où le dessin devient sculpture, où le trait est mouvement, où le plâtre s’incarne en silhouette énigmatique. Une partition plastique qui nous entraine dans une rythmique réversible entre réalité et fiction. Les œuvres ne témoignent pas d’une dualité mais capturent la pluralité des mondes qui nous entourent et  l’état transitoire qui nous mène de l’un à l’autre. 

Ce phénomène intermédiaire de métamorphose et de translation s’appuie sur le motif de la porte que l’on retrouve ici, tant dans l’installation sur toile ouverte en son centre La vague, 2020, composée de fusain, de gesso, d’huile et d’éléments en plâtre ; que dans la sculpture intitulée Chaise musicale, 2019, instrument de musique à vent et d’assise activable par le visiteur. Cette fois les deux œuvres ne pourront être activées, se jouant du statut de la vitrine et de son inaccessibilité. Elles se transforment en objets de désir ou de frustration capables de nous plonger dans un champ de possible infini. « La porte ! La porte ! C’est tout un cosmos de l’Entr’ouvert. C’en est du moins une image princeps, l’origine même d’une rêverie où s’accumulent désirs et tentations d’ouvrir l’être en son tréfonds, le désir de conquérir tous les êtres réticents. »

La vitrine d’Io Burgard est une invitation à la rencontre, une projection dans un espace aux qualités humaines que nous pouvons lire ou entendre comme le murmure d’un langage venu d’ailleurs qui se déploie dans un récit métabolique où les nombreux symboles s’entrecroisent, s’additionnent et se télescopent. Avec La vague sous cloche, l’artiste célèbre un rite du passage, à l’image cyclique du monde qui nous habite autant que nous l’habitons, une traduction plastique du désir qui nous traverse et que nous  traversons.  

 

ENGLISH

Io Burgard’s work expresses itself in a variety of techniques, shapes and textures. Drawings, sculptures, objects and installations interlock in a continuous movement of shape and counter shape as the multiple and inexhaustible expression of a fantasized and transcended world in which “the substantiated idea descending from a vaporous emanation would be a soft paste […]. It must be melted down, and indefinitely, to try to get as much substance as possible out of it”. From this soft material, Io Burgard shapes a universe that seizes various dimensions: where drawing becomes sculpture, where stroke is motion, where plaster incarnates itself as an enigmatic silhouette. An artistic partition that takes us into a reversible rhythmics between reality and fiction. The artworks do not demonstrate a duality but capture the plurality of the worlds around us and the transient state that leads us from one to the other.

This transitional phenomenon of metamorphosis and transposition is based on the motif of the door that we see here, as much in the installation on canvas open at its center entitled La vague, 2020, made of charcoal drawing, gesso, oil and plaster elements, as in the sculpture entitled Chaise musicale, 2019, musical wind instrument that the spectator can activate. This time, the two artworks will not be activated, playing with the status of the window and its inaccessibility. They turn into objects of desire or frustration that are able to plunge us into a scope of infinite possible. “The door! The door! It is a whole cosmos of the ajar. It is at least a first representation, the very origin of a daydream where the desires and the temptations of opening the being in his depths pile up, the desire to conquer all the reluctant beings.”

Io Burgard’s window is an invitation to meet other people, a projection into a space of human qualities that one can read or hear like the whisper of an unknown language that spreads out in a metabolic narrative in which numerous symbols intertwine, add up and collide. With La vague sous cloche, the artist celebrates a rite of passage, like a cyclic image of the world that inhabits us as much as we inhabit it, an artistic translation of the desire that crosses us as much as we cross it.