Jeannine tient les maquettes de Jeannot
Irina Favero-Longo, Paris (FR), 1991

La vidéo Jeannine tient les maquettes de Jeannot a été filmée chez Jeannine, ma grand-mère. À Paris, au 160 avenue du Maine, au deuxième étage, dans son appartement.

Au fond à droite : la chambre. Dans la chambre : le lit. Derrière le lit : une pièce remplie de cartons. Dans ces cartons : les maquettes que fabriquait Jeannot, le mari de Jeannine. Seul certaines personnes ont le privilège de pénétrer ce lieu, cette enveloppe qui entoure Jeannine. Jeannine, assise sur le lit, me raconte sa vie. Elle fait dos à cette pièce qui renferme d’innombrables boîtes dans lesquelles sont rangés ses souvenirs. Elle est face à moi, à la fenêtre fermée, et à sa télévision.

Sa position lorsqu’elle me parle fait le lien entre deux espaces : l’espace intérieur intime, quelle garde derrière elle ; et l’espace extérieur qui se trouve devant elle : la fenêtre, et moi qui l’écoute. Mon oreille puis ma caméra sont les véhicules de ce passage d’un espace clos à un espace ouvert. Je l’imagine dans son récit être connectée à ses cartons derrière elle et en être la gardienne.

L’intérieur de Jeannine est l’histoire de multiples enveloppes. L’enveloppe des murs de l’appartement comme refuge, l’enveloppe des cartons qui entourent les objets de son passé, puis ses mains qui enveloppent ces objets. Cette notion d’enveloppe est liée à ma pratique de l’image : le cadre est une enveloppe qui détermine, définit mais reste poreuse de son environnement externe. La porosité entre le cadre et le hors cadre est pour moi symbolique des débordements de l’environnement et de l’architecture sur nos corps.

Cette vidéo est partie de mon désir de faire tenir les maquettes de Jeannot dans les mains de Jeannine. Ces maquettes qu’elle porte deviendront alors le décor de son récit que nous construisons ensemble, entre souvenirs et fantasmes. Jeannine fluctue entre « être dans l’espace » et « être l’espace ». Elle se fond dans les murs, puis revient comme sujet.

La maquette déclenche la parole de Jeannine. Elle est empreinte d’affect, d’une histoire intime et domestique. L’installation de Jeannine tient les maquettes de Jeannot à Art au Centre s’intéresse à ce passage entre la maquette et la vidéo, entre l’objet et sa prise en main. Il s’agit d’une femme qui prend en main le décor et habite l’image.

Commissaire : Arthur Cordier
Texte : Irina Favero-Longo

 

Technique: video and installation, variable dimensions
Brackets, cardboard, glue, nails, bulbs, painted cardboard and clay models
Video: HD, 16/9, color, projected in a loop with a video projector, multimedia player

The video Jeannine tient les maquettes de Jeannot was filmed at my grandmother Jeannine’s place.

In Paris, at 160 avenue du Maine, on the 2nd floor, inside her apartment.

In the background on the right: the bedroom. In the bedroom: the bed. Behind the bed: a room filled with boxes. In these boxes: the models made by Jeannot, Jeannine's husband. Only certain people have the privilege to enter this place, this envelope that surrounds Jeannine.

Jeannine, sitting on the bed, tells me about her life. She turns her back to this room that contains countless boxes in which her memories are stored. She is facing me, the closed window and her television.

Her position when she talks to me makes the link between two spaces: the intimate interior space, which remains behind her; and the outer space in front of her: the window and me listening to her. My ear and then my camera are the vehicles of this passage from a closed space to an open space. I imagine her in her story being connected to these boxes behind her and being their guardian.

Jeannine’s interior is the story of multiple envelopes. The envelope of the walls of the apartment as a refuge, the envelope of the boxes that surround the objects of her past, then her hands that envelop these objects. This notion of envelope is connected to my practice of the image: the frame is an envelope that determines, defines but remains porous in its external environment. For me, the porosity between the frame and the outside frame symbolizes the excess of the environment and the architecture on our bodies.

This video is part of my desire to place Jeannot's models in Jeannine's hands. These models that she carries will then become the scenery of her story that we build together, between memories and fantasies. Jeannine fluctuates between “being in the space” and “being the space”. She vanishes into the walls, then returns as the subject.

The model triggers Jeannine's speech. It is full of emotion and contains an intimate and domestic story.

The installation of Jeannine tient les maquettes de Jeannot at Art au Centre focuses on this passage from the model to the video, from the object to its handling. It is about a woman who takes over the decor and inhabits the image.

Irina Favero-Longo

www.irinafaverolongo.com

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General information:

Born in Paris in 1991, Irina Favero-Longo is an artist based in Belgium. She usually works between Brussels and Paris.

She graduated from ENSBA Lyon in 2014 and completed her training at ERG, where she opted for the video specialty with Annik Leroy. She graduated from the ERG in Pratiques de l’art et outils critiques in 2017.

She also beneficiated from the teaching of Ângela Ferreira and Susana Sousa Dias at the Faculdade de Belas-Artes da Universidade in Lisbon.

In 2019, she won the Médiatine, bourse Cocof prize.