LA LIONNE BLESSÉE
Jot Fau
, Bruxelles (BE), 1987,
Commissaire : Marine Candova, Cdlt+

63, rue Cathédrale (rue Cathédrale)

L’installation est composée d’une structure en bois rudimentaire évoquant un lit de camp. Déposé en drapé sur la structure, un voile de coton est divisé en une série de compartiments. Ceux-ci s’apparentent à une étale sur laquelle serait mise en avant la figure d’une lionne blessée. Sur le tissu le fauve est représenté de multiples fois et d’une multitude de manières. C’est par le moyen de la broderie que ces dessins prennent forme. La construction et la déconstruction de l’image originale 1 crée une sorte de motif, évoluant de compartiment en compartiment. Creusant ainsi à travers ces séquences la représentation du corps de la lionne, (dé)formé par la douleur.

Le bas-relief datant de la période antique Assyrienne qui a inspiré ce travail montre l’animal, blessé lors d’une scène de chasse. Entre force et fragilité, douleur et résistance. La moitié de son corps est debout, robuste et coriace. L’autre moitié traîne par terre, rudement atteinte et presque anéantie. Cette scène de chasse déchirante dévoile un corps solitaire, qui se meut intensément entre vie et mort. La Lionne Blessée – The Blessed Lioness.
Ces deux phrases-sœurs sont brodées sur le voile de coton, parmi les différentes représentations du félin. La traduction erronée 2 permet de décaler le regard en replaçant la lionne dans un contexte plus large. En inversant la tendance pour l’entourer d’espoir et d’une impulsion divine, laissant davantage de place à la moitié forte et résistante de son corps, et par conséquent à la vie même. Au rayon Pêche et Chasse de l’ancienne animalerie Humblet, on pouvait acheter des lits de camp. De manière récurrente, l’objet ou l’image du lit revient dans le travail de Jot Fau. Le lit évoquant une forme de réparation d’un corps que l’on peut imaginer épuisé ou blessé. Le lit de camp l’intéresse d’autant plus, car elle l’imagine sans propriétaire. Tel une forme libre et primaire qui aurait pour mission d’accueillir un grand nombre de corps dans le besoin. 

1 La lionne blessée fait partie de la frise Assyrienne de la chasse d’Assurbanipal de Ninive, visible au British Museum à Londres.

2 The Blessed Lioness se traduit par «La Lionne bénite»


EN
The harlequin clothed in his coat made of bits and pieces is the very image of the multiple and the multitude. He’s part of no community, but he is very slightly part of every communities. (1)

Jot Fau considers herself to be a harlequin, just as the very body of her work whose shapes are fluctuating, ranging from sculpture to installation, object, drawing, video, textile, poetry and tailor-made clothing. Each plastic intervention is an integral part of a same entity, hollowed into a single mountain, no matter what medium she uses.

The work tackles questions of identity, of doing and becoming, of expeditions and researches, of departures with no arrivals.

An intimate relationship with the material prevails in her work. She takes the time to discover, to mix up and to let live in the same space, the time to touch it, to manipulate it and to inhabit it, the time to assemble it and then deconstruct it, to initiate little by little its metamorphosis. 

(1) Michel Serres - Le tiers instruit, 1991