UNTITLED (SELF), 2021
Laura Jatkowski, Berlin (DE), 1990
Commissaire : Arthur Cordier
Féronstrée 50

 

« Les délicates métonymies de nos pensées et de nos rêves sont alimentées par les conversations avec les autres dont nous ramassons les morceaux. »

- Sara Ahmed, The Cultural Politics of Emotion

Laura Jatkowski aime réparer des objets et examiner des réfrigérateurs ou des pierres de taille.

Derrière une telle collection étrange d’intérêts se cache l’engagement constant de mesurer combien les foyers, meubles et produits fabriqués du quotidien façonnent, élaborent et communiquent nos humeurs, envies et désirs dans le monde. La connaissance émotionnelle qui émane de soi-disant objets banals et sombres se retrouve dans sa pratique artistique par accumulation et répétition gestuelle. La déformation humoristique de nos us et coutumes est renforcée par des titres évocateurs.

La première vidéo de Laura Jatkowski intitulée Forever-ever-again montre un ensemble de roues de vélo tournant indéfiniment avec des perles en plastique colorées accrochées aux rayons. Pour l’installation Untrammeled, away she goes (2017), elle a rassemblé, orné et soudé une dizaine de vélos sur une ligne sinueuse, formant ainsi une série de poteaux semblables à ceux rencontrés en forêt. Son œuvre Canaries (2019) était une installation in situ montée dans une ancienne forteresse et était aussi bien une recherche qu’une exploration de l’espace – utilisant d’ailleurs des concepts de protection et de vulnérabilité. Plus récemment, elle a exposé strike (2020), l’image d’un ongle tordu sous la forme d’une lutte intérieure, l’incarnation de soi.

Il n’y a pas de place pour des objets abandonnés.

Pour Art au Centre #6, Laura Jatkowski présente untitled (self), 2021, inspirée par des rencontres fortuites avec des frigos dans les maisons de ses amis et d’autres rencontres hasardeuses – leurs portes se transforment en stockage de rappels sur lesquelles se mêlent des photos de factures à payer et des aimants kitsch rappelant les dernières vacances. Les frigos conservent bien plus que de notre nourriture. Ils sont des portes ouvertes vers nos souvenirs. Ils renferment des morceaux de notre mémoire. Ils deviennent souvent des décorations domestiques porteuses de gestes, de valeurs émotionnelles et d’histoires. Chacune de celles-ci transporte un peu de nos relations interpersonnelles.

Pour l’exposition, la porte autonome est percée d’un trou laissant les deux côtés couler l’un vers l’autre, via lequel la marge séparatrice devient les espaces intérieurs. La connexion entre les corps, la vue et les objets fusionne dans la porte inclinée.

À l’image de la pratique artistique de Klara Linden, des situations familières et ordinaires sont déformées. La stratégie artistique de Laura Jatkowski repose souvent sur une combinaison d’humour peu courant et de déclarations indirectes, illustrant la matérialité des affects dans la consommation quotidienne.

Arthur Cordier

Soutenu par Stroom Den Haag
www.laurajatkowski.com         


ENGLISH


‘the sticky metonymy of our thoughts and dreams are prompted by conversations with others from which we pick up bits and pieces’

– Sara Ahmed, The Cultural Politics of Emotion

Laura Jatkowski likes to fix things, study fridges and carve stones. 

Behind such a peculiar collection of interests lies the commitment to locate how everyday households, furnitures and manufactured goods shape, craft and convey our moods, longings and desires into the world. The emotional knowledge that emanates from seemingly banal and gloomy items is twisted back into her practice by accumulation and gestural repetition. The humoristic distortion of our habit-uses is enhanced by evocative titles. 

Laura’s early video Forever-ever-again shows a set of bicycle wheels endlessly spinning with colorful plastic beads on the spokes. In the installation Untrammeled, away she goes (2017) she collected, trimmed and welded a dozen bikes into a crooked line, forming a forest-like series of poles. 

Her work Canaries (2019), was a site-specific installation within a former fortress that was both an inquiry and an exploration of the space—further drawing upon concepts of protection and vulnerability. More recently she exhibited strike (2020), the picture of a twisted nail in the form of an inner struggle, the embodiment of oneself. 

There is no room for discarded objects.

For Art Au Centre#6 Laura presents untitled (self), 2021, inspired by encounters with fridges in houses of friends and random encounters – their doors become a storage of reminders on which photographs mingle with bills to pay and tacky magnets reminding us of past holidays. Fridges preserve much more than our food. Fridges are doors to our remembrances. They hold pieces of our memory. Often they become domestic decorations that carry gestures, emotional values and histories. Each of these stories carry bits and pieces of our interpersonal relationships. 

In the exhibition the self-standing door is pierced with a hole letting both sides leak into each other, by which the margin between becomes the spaces within. The relation between bodies, sight and objects is merged into the slanted door. 

Similarly to Klara Linden’s practice, familiar and ordinary situations are twisted. Laura Jatkowski’s artistic strategy is often a combination of low-frequency humour and oblique statements, depicting the materiality of affect in everyday consumption. 

Arthur Cordier

Supported by Stroom Den Haag,
www.laurajatkowski.com