DIGITAL PANOPTICON
Lilly Lulay, Frankfurt am Main (DE), 1985
Commissaire : Philippe Braem
Rue Cathédrale 4

 

Essaie un moment de visualiser toutes tes activités en ligne des derniers jours. Ce qui est impossible pour toi est au cœur du business plan de Google. Contrairement à toi, l’entreprise se souvient de chaque mot recherché, de chaque e-mail envoyé et de chaque chemin trouvé via une de ses applications. Ce que Google sait de toi, de moi et du monde entier, tous les services secrets du monde ne peuvent qu’en rêver. Similaire au « Big Brother » de George Orwell, c’est à travers les « télés écrans » de nos ordinateurs et smartphones que Google nous observe. Orwell installa sa fameuse dystopie d’un État de surveillance en 1984. Un an plus tard, je suis né dans un pays qui pendant des décen- nies a été façonné par la surveillance étatique de droite et de gauche. Je me demande donc souvent ce qu’un État totalitaire ferait de toutes les données personnelles que Google possède actuellement ? À quoi serviront ces traces de la vie quotidienne des millions des personnes, aujourd’hui et dans le futur ?

Mon installation rassemble quelques informations que j’ai inconsciemment injectées dans l’univers Google. Ce sont des fragments de ce que j’ai réellement fait, vu et vécu le 20/03/2019, mais aussi des informations qui ont été incorrectement calculées par Google. Des lieux jamais visités qui font cependant partie de mon historique. Ces traces de ma vie (fictive) sont gardées par des yeux, qui rappellent les icônes pour dés/activer des cookies. Chaque passant est à la fois observé et miroité dans les pupilles réfléchissant de ces yeux.

Le philosophe Byung-Chul Han dit que, à travers nos activités en ligne apparemment inoffensives, nous construisons nous- mêmes une nouvelle forme de panoptique numérique. Mais comme les structures de pouvoir contemporaines sont amicales et séduisantes au lieu d’être répressives, elles sont d’autant plus difficiles à reconnaître et à critiquer.
 

ENGLISH
 

Try for a moment to visualize all your online activities of these last days. What’s impossible for you is at the heart of Google’s business plan.

Unlike you, the company remembers each word searched, each email sent and each way found thanks to its apps. 

What Google knows about you, me and the entire world, all secret services of the world can only dream about it. Like George Orwell’s Big Brother, Google observes us through the « telescreens » of our computers and smartphones.

In 1984, Orwell installed his famous dystopia of a State of surveillance. One year later, I was born in a country that was shaped for decades by state surveillance from the right and left wings.

I thus often wonder what a totalitarian state would do with all the personal data that Google currently possesses. What is the purpose of these traces of the daily life of millions of people, today and in the future?

My installation gathers some info that I unconsciously injected into the universe of Google. They are fragments of what I really did, saw and experienced on the 20/03/2019 but they are also info that were calculated wrongly by Google. Places I never visited are yet part of my history. These traces of my (fictive) life are stored by unknown eyes that remind of icons to de/activate cookies. Each passer-by is at the same time observed and reflected in the reflective pupils of these eyes. 

Philosopher Byung-Chul Han declares that, through our online activities supposedly inoffensive, we build ourselves a new form of digital panoptic. But as the current structures of power are friendly and seductive instead of being repressive, they are even more difficult to recognize and criticize.