COLLECTION AUTOMNE-HIVER 1920-2900
Manon de la Kethulle, Avennes (BE), 1990
Commissaire : Anna Ozanne
Féronstrée, 1


Manon de la Kethulle (année ÉSAVL puis ARBAL) explore les points communs entre l’installation artistique, le pop-up store et le fashion-show. 

Si le vêtement hétéronormé (et nord-européen), destiné à l’homme hétérosexuel, ne s’aventure pas dans des styles osés, il ose néanmoins les couleurs, les matières depuis un certain nombre d’années, tout en se calquant, par sécurité, aux mâles : le sport, le costume, l’uniforme, les circonstances exceptionnelles des vacances… Le vêtement masculin illustre à la fois la force, la rigueur et la discrétion esthétique attendues de l’homme moderne. 

Manon trouve cela ennuyeux et ennuyant : est-ce que la masculinité est vraiment libre ? La masculinité doit être explorée et mise à nu. Animalité, poésie, amour, violence… suez ! Situation ambiguë, jeux de performances et blousons de cuir joueront des symboles multiples, des corps seront/ont été activés par les œuvres pendant le vernissage.

Sous la lumière morbide des projecteurs, l’homme fatal s’avance.
Le « cœur noir comme une salle de ciné »
Sa démarche féline est déguisée de violence.
Il a sculpté son visage de poupée, grimé de cuir et d’acier.


Une voix émerge de la foule :
« J’ai traversé les tempêtes des siècles,
La cruauté du jour m’a cryogénisé,
Capitule devant mon blouson écorché ».
Les flashs rivés sur la scène n’ont rien vu de ce qui se tramait.

Les silhouettes défilent sur le podium,
Dilatées dans la torpeur d’une tension musclée.
Le plafond est haut comme couvercle.

Le lendemain, encore crispées et émerveillées, les critiques analysaient cet univers torturé aux échos « néo-romantico-futuristes », ce monde où l’homme est une proie du désir des femmes pour des siècles.

Anna Ozanne

 1 « Spleen », album Les pleurs du mal, Dinos, 2018, 2,48 min.
 2 Article paru dans le The New York Times en le 7 octobre 2850 

 
ENGLISH

Manon de la Kethulle (year ÉSAVL then ARBAL) explores the similarities between artistic installation, pop-up store and fashion-show.

Although the heteronormed (and Northern European) clothing, designed for the heterosexual man, does not venture into daring styles, it has yet dared the colors, the materials for a number of years, while modeling itself on the males out of security: sport, suit, uniform, exceptional circumstances of holidays… male clothing at once illustrates the strength, the rigor and the aesthetic discretion that are expected from the modern man.

Manon finds it boring and annoying: is masculinity truly free? Masculinity must be explored and unveiled. Animality, poetry, love, violence… sweat! Ambiguous situation, performance games and leather jackets will display multiple symbols, bodies will be/were activated by the artworks during the preview.

Under the morbid spotlight, the fatal man moves forward.

The “heart black as a cinema”

His feline walk is disguised with violence.

He sculpted his doll face, made up with leather and steel.

 

A voice arises from the crowd:

I experienced the storms of centuries,

The cruelty of the day cryogenized me,

Capitulates to my grazed jacket”.

The flash riveted on the stage saw nothing of what was happening. 

 

The figures parade on the podium.

Dilated in the torpor of an aggressive tension.

The ceiling is as high as a top.

 

The next day, still tense and amazed, the critics were analyzing this “neo-romantico futuristic” tortured universe, this world in which man is a prey to female desire for centuries.

Anna Ozanne