ROSE ZÉRO SYSTEMATIQUE
Marcel Devillers, Paris (FR), 1991
Commissaire : Sophie Delhasse
rue des dominicains, 9

 

La pratique artistique de Marcel Devillers se vit en rythme et en cadence. Il oscille entre peintures, matière et installa- tion qu’il accompagne de lectures et de performances. Un rythme, celui de l’œil d’abord. Un œil qui s’hypnotise dans la lecture de ses poésies murales, ici installées à même la vitrine. Le geste du peintre contamine réciproquement celui de l’auteur. Un déplacement, celui de la rétine qui poursuit dans un long travelling la ligne fermée du poème, une cir- convolution qui rappelle les rouages d’une machine ou d’une courroie de transmission. Une translation s’opère, la lecture se veut picturale, le pouvoir du langage s’épanouit dans un flux de sensations, de formes et d’images.

Le regard se déplace et s’arrête sur un tableau-objet posé au sol. Encerclé de lumière, il se substitue tour à tour à un point, un foyer, un axe ou une exclamation. Ces podiums rap- pellent l’univers de la scène ou du cinéma et de leurs loges, une potentialité passée ou en devenir. Activés par l’artiste lors de lectures performatives, ces espaces clos deviennent le support d’une voix qui s’incarne dans le rythme charnel de la déclamation. Le corps donne le tempo, celui sous-en- tendu du comédien ou du chorégraphe qui habite ces petits ilots scéniques. Le titre de la proposition renvoie à une autre notion de dissémination répétitive, « Rose Zéro » ayant déjà été utilisé par l’artiste dans ses écrits. Un aspect sériel de la production qui permet à l’œuvre de Marcel Devillers de se déployer telle une constellation de réflexions sur l’art et sur la perception. Il convoque autant une remise en ques- tion du travail plastique et de sa matérialité que de l’écriture et de son oralité, jouant de la porosité des esthétiques, des matériaux et des pratiques. En découle une pulsation sourde nourrie par l’excitation du monde scintillant de la scène comme par le silence nostalgique des corps et de leur incar- nation, ainsi qu’une déconstruction nomade de la stabilité de notre espace visuel.

Sophie Delhasse
 

ENGLISH
 

Marcel Devillers’ artistic practice gets experienced with pace and cadence. He oscillates between paintings, materials and installation that he combines with readings and performances. A pace, the pace of the eye first. An eye that gets hypnotized by the reading of his mural poems, installed directly in the display window. The gesture of the painter reciprocally contaminates the gesture of the author. A move, the move of the retina that follows in a long travelling the closed line of the poem, a convolution that reminds us of the cogs of a machine or a transmission belt. A transfer takes place, the reading wants to appear pictorial, and the power of language blossoms in a flow of feelings, shapes and images. 

The look moves and stops on a painting-object placed on the ground. Surrounded by light, it replaces successively a dot, a hearth, an axis or an exclamation. These podiums remind us of the universe of the scene or the cinema and their dressing rooms, of a past or future potentiality. Activated by the artist during performative readings, these closed spaces become the support of a voice that incarnates itself in the carnal pace of the declamation. The body sets the tempo, the implied tempo of the actor or the choreographer who lives in these small scenic islands. The title of the proposal refers to another notion of repetitive dissemination, as Rose Zéro has already been used by the artist in his publications. A serial aspect of production that enables Marcel Devillers’ work to spread out like a constellation of reflections on art and perception. It convokes as much a questioning of the artistic work and its materiality as the writing and its orality, playing with the porosity of aesthetics, materials and practices. It leads to a muffled beat fed by the excitement of the sparkling world of performing arts as by the nostalgic silence of the bodies and their incarnation. It also leads to a nomad deconstruction of the stability of our visual space.    

Sophie Delhasse