CHAMBER OF REFLECTION
Mégane Likin, Huy (BE), 1994
Artiste sélectionnée dans le cadre de l'appel à projets
Féronstrée, 107

 

Dans cette installation de Mégane Likin, la vitrine forme un contre-espace. Elle s'offre au-dedans comme au-dehors grâce à sa grande fenêtre et au miroir flou qui se trouve en arrière-plan, hors-champ troublant de trois paysages rétro-éclairés. La vitrine devient le lieu privilégié où se reflètent l'intérieur dans l'extérieur et le passant dans sa pensée. Cet espace qui semble ouvert reste pourtant inaccessible. Le miroir imprécis nous dirige vers le paysage environnant qui dialogue avec les petits jardins (méticuleusement) accrochés. Ces paysages, fixes ou peut-être mouvants, fenêtres d'intérieur, nous renvoient à l'horizon des projections de chacun. Ils sont le reflet de ce qui n'est déjà plus là. Trois étendues d'apparence similaires dont la simplicité nous mène au cœur du mystère. 

 

« Étrangeté et familiarité, mélancolie et apaisement, concentration et relâchement, tout d'une pièce. Des paysages, pourtant en apparence déserts et muets, vous saisissent comme des portraits qui chuchotent. […] A bien y regarder pourtant, et à mieux la connaître, on comprend peu à peu qu'il ne s'agit pas tant de contemplation, et qu'il n'est même pas vraiment question de paysage dans le travail de Mégane Likin. […]  La mémoire n'est pas faite d'instants gravés pour l'éternité, immuables, comme ont parfois tenté de nous le faire croire certaines pratiques de la photographie. Elle est au contraire mouvante et ondoyante comme un ciel que font et défont les nuages ; elle s'approche et repart comme une mer renouvelée ; elle redessine et réécrit inlassablement, comme nous tous. Et dans le sapin rigide et déplumé, sous la brindille figée ou le sable rare, pour qui sait l'entendre, tout bouge, tout bruisse ; la moindre vie hésite, résiste. »

Le travail de Mégane Likin est soutenu par la Galerie Quai4 à liège 
1 Le contre-espace fait référence à la notion d'hétérotopie conceptualisée par Michel Foucault en 1967 dans la conférence intitulée « Des espaces autres ». 
2  Emmanuel d’Autreppe, 2018

 
ENGLISH

 

In this installation created by Mégane Likin, the window forms a counter space. It offers itself inside and outside thanks to its large window and the blurred mirror that lies in the background, troubling off-screen of three backlit landscapes. The window becomes the privileged place where the inside is reflected in the outside and the passer-by in his thought. This space that appears open yet remains inaccessible. The hazy mirror leads us to the surrounding landscape that dialogues with the (meticulously) hooked little gardens. These landscapes, fixed or possibly moving, indoor windows, refer us to the horizon of everyone’s projections. They are the reflection of what is already not there anymore. Three similar stretches in all appearances whose simplicity carries us to the heart of the mystery.

“Strangeness and intimacy, melancholy and calming, concentration and relaxation, all in one piece. Landscapes, yet seemingly deserted and silent, seize you like whispering portraits. […] On closer observation nonetheless, and knowing it better, one gradually understands that it is not so much about contemplation, and that it is not really about the landscape in Mégane Likin’s work. […] Memory is not made of eternal immutable moments, as certain photography practices sometimes attempted to have us believe it. On the contrary, it is moving and undulating like a sky that gets created and annihilated by the clouds; it gets closer to then leave again like a new sea; it tirelessly redraws and rewrites, like everyone of us. And in the stiff and bald pine tree, under the solidified twig or the rare sand, for those who can hear it, everything moves, everything makes noise; the least life hesitates, resists.”