LA PETITE ÉPICERIE
Priscilla Beccari, Belga-Saint-Marinaise, 1986
Artiste sélectionnée dans le cadre de l'appel à projet
Rue du Rêwe 4

 

Artiste touche-à-tout, Priscilla Beccari s’exprime par la vidéo, la sculpture, l’installation,
la photographie, la performance, le dessin et également la musique avec Mono Siren,
un duo expérimental électro disco funk. En 2017, elle représente le Pavillon de la République de San Marino lors de la biennale de Venise.

Le travail de Priscilla Beccari s’apprivoise lentement, au détour d’images, d’actions et de formes, qui toutes se font échos ou prémisses d’autres. Cet univers en perpétuelle mutation multiplie les ruptures stylistiques et les registres, s’identifie au croisement d’un érotisme carnassier, d’un féminisme en gilet jaune, d’un sens de l’absurde mâtiné d’une touche d’effroi. Il y est question de clôtures domestiques et d’animalité, de femmes valises et de corps inanimés, d’effondrements et d’effronteries. 

Le dessin constitue l’épicentre de la pratique, mais il ne faut pas la réduire à cela. 

Si la densité des traits, le format ou le traitement des supports impressionnent, les œuvres sur papier ne constituent pour autant qu’une partie d’une approche bien plus large qui, sous ses aspects les plus durs ou légers, cultive systématiquement le trouble, le souffre et l’étrangeté.

On pense souvent au surréalisme et à l’ironie amère des derniers films de Buñuel, Le Charme discret de la bourgeoisie et plus encore Le Fantôme de la liberté : légèreté apparente, bizarrerie logée au cœur du quotidien, bestiaire symbolique, surgissement de la chair, présence éthérée de la mort. Plus fondamentalement peut-être, le travail s’inscrit dans une tradition qui, de Louise Bourgeois à Kiki Smith, fait du corps un support tant fantasmagorique que politique.

Benoit Dusart


ENGLISH
 

ersatile artist Priscilla Beccari expresses herself through video, sculpture, installation, photography, performance, drawing and also music alongside Mono Siren, forming an electro disco funk experimental duo. In 2017, she represented the Pavilion of the Republic of San Marino at the Venice Biennale.

Priscilla Beccari’s work is slowly tamed, leafing through images, actions and shapes that all echo each other or are the premises of others. This perpetually mutating universe multiplies the stylistic splits and the registers, identifies itself at the crossroads of a predatory eroticism, an indignant feminism, a sense of absurd combined with a touch of fear. It makes a triumphant statement about domestic closures and animality, suitcase women and inanimate bodies, collapses and effronteries.

The drawing forms the epicenter of the practice but it should not be reduced to simply this. While the thickness of the strokes, the format or the treatment of the media overwhelm, the artworks on paper are only a small part of a much more extensive approach that, considered from every hard or light angle, systematically cultivates trouble, pain and strangeness.

We often think of the surrealism and bitter irony of Luis Buñuel’s last movies The Discreet Charm of the Bourgeoisie and even more The Phantom of Liberty: visible lightness, oddity put at the heart of the everyday life, symbolic bestiary, emergence of the flesh, ethereal presence of the death. More fundamentally maybe, the work comes within the scope of a tradition that, from Louise Bourgeois to Kiki Smith, has turned the body into a phantasmagoric and political medium.

Benoit Dusart