PAIN / ROSES
Sophie Langohr, Liège (BE), 1974
Amanda Petrella, Liège (BE), 1989
Commissaire : Maxime Moinet
Rue de l'Université, 29

 

Mon travail repose sur l’étude et l’interprétation d’œuvres patrimo- niales. Je m’approprie des images ou des objets chargés d’histoire et m’exprime à travers leurs propres modes de construction et de production de sens. Par différents procédés de refabrication, je les revisite, les détourne et les subvertit pour les faire parler autrement dans de nouveaux contextes.

Pour cette installation, réalisée en collaboration avec la scénographe Amanda Petrella* et conçue spécialement pour Art au Centre #5, je me suis inspirée de l’ancienne tradition des vases de mariées. Ces vases en porcelaine blanche furent abondamment produits en France et en Belgique entre le milieu du XIXe et le début du XXe siècle. Ils faisaient partie du rituel du mariage et étaient conservés, ornés des fleurs de la couronne ou du bouquet de la mariée, sous un globe de verre posé sur un socle en bois peint. Leur ornementa- tion fait appel au registre de l’amour éternel, de la fécondité et de la prospérité tandis que leur forme de coquille ou d’éventail largement ouvert est un symbole de réceptivité aux influences célestes. L’orga- nicité de ces vases que j’ai, ici, librement réinterprétés, témoigne de la pensée naturaliste du XIXe siècle.

Cette idéologie a également nourri une édifiante littérature miso- gyne qui, à l’époque, participait au maintien des femmes artistes hors de la sphère publique et dont ce texte est exemplaire : « Les femmes sont encore rarement enclines aux activités intellectuelles [...]. Parce qu’elles ont en général un agréable sens de la forme, des perceptions rapides, de la fantaisie et une imagination souvent vive, il n’est pas surprenant que le modelage de l’argile tente leurs jolis doigts. De même, leur nature incite les femmes à sculpter des motifs fantaisistes et sentimentaux plutôt que [...] des œuvres de pure ima- gination créatrice »*.

En réaction et pour la chanson*, j’ai donc adopté cette marche à suivre : « Du pain et des roses ! Du pain et des roses ! » Et j’ai laissé mes mains se souvenir du meilleur et du pire pour sculpter des pains de terre et de mousse.

Sophie Langohr

* Ortobotanico Studio.
* John Jackson Jarves, 1871.
* La chanson populaire Bread and Roses a été composée à l’occasion de grèves ouvrières aux USA en 1912, ce slogan féministe a été repris par la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence.


ENGLISH
 

My work rests on the study and the interpretation of heritage artworks. I take over images or objects that are full of history and I express myself through their own methods of construction and production of sense. Using different reproduction processes, I revisit, distort and subvert them to make them talk differently in new contexts.

For this installation created in collaboration with stage designer Amanda Petrella* and designed especially for Art au Centre #5, I drew my inspiration from the ancient tradition of bride vases. These white porcelain vases were produced abundantly in France and Belgium between the middle of the 19th century and the beginning of the 20th century. They were part of the wedding ritual and were preserved, decorated with the flowers of the bride’s crown or bouquet, under a glass cover placed on a painted wood base. Their ornamentation appeals to the category of eternal love, fertility and prosperity whereas their shape of shell or largely open fan is a symbol of receptiveness to celestial influences. The organic nature of these vases that I reinterpreted freely demonstrates the naturalist thought of the 19th century.

This ideology also fed an edifying misogynistic literature that formerly contributed to the maintenance of female artists out of the public sphere and is illustrated in this text: « Women are still rarely inclined to intellectual activities (…). Given that they usually have a pleasant sense for the shape, quick perceptions, creativity and vivid imagination, it is no surprise that clay modelling tempts their pretty fingers. Likewise, the nature of women encourages them to sculpt imaginative and sentimental motifs rather than (…) artworks resulting from a pure creative imagination. »*

In response to this and for the song*, I thus adopted this approach: « Du pain et des roses! Du pain et des roses! » And I let my hands remember the best and the worst to sculpt clay and foam breads.

Sophie Langohr

* Ortobotanico Studio

* John Jackson Jarves, 1871

* The popular song Bread and Roses was composed during the textile strikes of 1912 in the US, this feminist slogan was used during the World March of Women to protest against discrimination and violence towards women.