SUPERNATURE
Safia Hijos, Angoulême (FR), 1975

Commissaire : La peau de l’ours 
40, rue Hors-Château

Safia Hijos nous invite à entrer dans un singulier « Jardin d’hiver » en grès (Des cascades et des bouquets de feuillages aux murs, des « Tulipiers » garnis de fleurs naturelles posées sur des socles. Safia Hijos se serait-elle prise d’engouement pour le végétal afin d’en parer nos salons ? Le goût pour les plantes vertes d’intérieur a été essentiellement introduit dans le courant du xixe siècle, au moment de l’essor de la Révolution industrielle, du développement de l’architecture des serres et l’amélioration des techniques de chauffage. Dans le salon bourgeois, la plante d’intérieur exotique a perdu ses qualités fonctionnelles et rejoint les objets décoratifs en tant qu’expression du statut social et du soi. C’est l’époque rêveuse de l’éclectisme, c’est le temps où la nouvelle société se meuble de rêve (gothique, chinois, persan, Renaissance). C’est le temps où le regard se perd dans le miroitement des glaces et des psychés, où le gaz brillait dans des globes semblables à des lunes opalescentes.
Chacun ici ne rêve que d’un bonheur soudain. Safia Hijos nous invite-t-elle à faire retour sur l’énigme de l’intérieur, espace de nos expériences existentielles ? À y déchiffrer les contours de l’âme plus que ceux des choses ?
Ces tombés de verdure, ces tulipiers fleuris, la céramiste les a couverts d’émaux superposés à base de plomb (toxique à l’application) qui parent cependant les grès de coloris vernissés verts et jaunes à nuls autres pareils. Et à y regarder de plus près, il y a dans l’ensemble quelque chose d’excessif, dans la complication des formes et la déclinaison des tons olive-émeraude, qui force le goût et le met à mal. Une sorte d’ivresse inquiète. À quel banquet ou scène primitive Safia nous convie-t-elle ? Aux noces du minéral, des corps et du végétal, trois états du monde, trois formes d’étant qui peuvent se mesurer, ont leur terme, qui cependant échappent à toute mesure et tout terme.