THE ANAL STAIRCASE
Corentin Canesson, Brest (FR), 1988,
Damien Le Dévedec, Pontivy (FR), 1987
Commissaire : Sophie Delhasse 

20, rue Léopold

Sophie Delhasse : Comment est née votre collaboration ? Dans quel contexte avez-vous décidé pour la première fois de travailler ensemble ? Corentin Canesson : Très simplement à partir de cette rencontre aux Beaux-Arts. D’abord avec Julien Monnerie, puis avec Maëla Bescond. Tous les quatre nous avons ouvert en 2008 un espace d’exposition, STANDARDS, que nous avons tenu jusqu’en 2014. Mais disons que durant ces premières années, nous étions plus dans une posture de commissaires d’exposition que dans celle d’un collectif d’artistes. Le travail de dessins et de peintures, en duo, ou tout du moins signé à deux, est arrivé en 2014.
SD : Peut-on parler de protocole ou de processus créatif ? L’un dessine et l’autre peint. CC : C’est plutôt une espèce d’habitude de travail qui va créer des automatismes, qu’on pourrait qualifier de processus ou de protocole. Et pour éviter l’ennui où un confort un peu stérile, il y a souvent des règles ou des contraintes que l’on se donne avant de démarrer un projet. Pour Liège par exemple, la contrainte de n’utiliser que du noir et blanc. Mais si l’on suit l’idée du jeu, il y a toujours un moment ou la règle va se modifier ou un élément de triche qui va se créer, qui permettra d’amener un écart important entre ce que l’on projette et ce qui va se réaliser. Très souvent cela vient d’éléments contextuels propres à l’invitation aussi divers que : l’endroit où l’on est invité à exposer et/ou travailler, ce qu’on lit sur le moment, la musique qu’on écoute, l’actualité, une référence trouvée par hasard, ou une blague entendue dans un bar.

SD : Vous avez intégré dans la vitrine les toiles de Bastien Cosson exposé lors de la 1e édition d’Art au Centre. Envisagez-vous cette présence comme une collaboration également ?
CC : C’est plutôt l’idée d’amener d’emblée une possibilité d’absorption au projet, que l’on puisse, sur le temps où l’on va travailler sur place ou durant les mois de l’exposition, accueillir d’autres gestes, d’autres œuvres, d’autres 10 artistes. Ensuite tout simplement, disons que ça tombe bien, on connait bien Bastien Cosson et on a eu envie dès le départ de produire une accumulation et aussi de jouer avec une certaine temporalité du projet d’Art au Centre à Liège. Si tu suis où on veut en venir, on serait très heureux de laisser nos pièces et celles de Bastien à un.e autre artiste pour la 3e édition, et au bout d’un certain temps, mettons 10 ans, offrir ce grand ensemble à la ville de Liège pour la construction d’un musée un peu spécial...

SD : Que représente pour vous le fait de montrer des œuvres dans ce contexte particulier, à la fois visible et clos, et directement intégré à l’espace public ?
CC : On a connu quelques précédents dans notre travail : le lieu que nous avions monté à Rennes STANDARDS disposait d’une vitrine et nous étions en plein centre- ville. Il y a eu une exposition en 2013 qui s’intitulait « De l’espace le singe iranien regarde l’Espagne », qui consistait à montrer un ensemble de pièces uniquement dans la vitrine et donc 24 heures sur 24. De mon côté, j’avais réalisé un projet à Brest en 2015 où un ensemble de 40 peintures / affiches originales étaient placées dans les panneaux d’affichage en verre de la ville de Brest, en amont de l’exposition que je produisais. C’est aussi une autre manière de penser la question de l’exposition, de sa temporalité, de son public, et de la visibilité de manière générale. Et c’est bien sûr ce que vous proposez dans votre invitation. Pour Liège, on a eu envie de jouer sur une mise en scène du travail, de le rendre visible, et également sur des modifications qui pourraient intervenir durant ces trois mois. Plus largement c’est une manière d’envisager l’exposition comme un médium à part entière, et qui n’est jamais figé.

SD : Il y a également une question d’accumulation dans votre travail collaboratif. Il y a-t-il une volonté d’épuisement du sujet ou au contraire une volonté d’affirmer un déploiement presque infini des possibles de la peinture ?
CC : ça me semble infini ! A partir du moment où ce que vous faîtes est ouvert à tout et à tout.e.s ça me paraît difficile de toucher la moindre fin de quoi que ce soit. Ou alors le temps d’une vie, et l’espace de la planète.